time :  jeudi 15 novembre 2018. time : 17:30:18

Retard du GPE : les élus vent debout

La tension n’est pas retombée après l’annonce par le Premier ministre Edouard Philippe du décalage calendaire du GPE. Une décision que nombre d’élus franciliens déplorent et considèrent comme un scandale d’Etat.

Par Mathieu Perrichet (TOUTécrit)

Le 22 février, lors d’une conférence de presse, le Premier ministre a dévoilé le nouveau calendrier du Grand Paris Express établi par le gouvernement. Alors que l’essentiel du chantier devait être achevé d’ici 2024, face aux contraintes techniques, la priorité sera finalement donnée, dans un premier temps, aux tronçons censés desservir les sites olympiques. Toutefois, Edouard Philippe a assuré qu’aucune ligne ne serait abandonnée et a confirmé que la totalité du projet – tel qu’il a été arrêté par décret en Conseil d’Etat le 24 août 2011 – serait livrée en 2030.

Des conséquences néfastes

Le Bureau de la Métropole du Grand Paris, qui représente les maires, a aussitôt alerté le gouvernement sur les répercussions liées aux retards de certains chantiers. Il considère qu’ils « remettent en cause les projets d’aménagement, les programmes de logement, les opportunités d’investissement et d’emploi déjà prévus ». Les membres de l’instance évoquent des opérations, notamment autour des futures gares, aujourd’hui fragilisées voire interrompues par l’annonce gouvernementale. Ils estiment également qu’il s’agit là d’un « mauvais signal alors que la France est mise en cause par l’Union Européenne sur le dossier de la qualité de l’air ».

Par ailleurs, en impactant la mise en place de nouvelles interconnexions, les élus métropolitains craignent des retentissements néfastes en matière de cohésion territoriale et d’équité géographique, qu’ils considèrent comme des enjeux majeurs. « Par son ampleur et sa localisation en banlieue, et pour la banlieue, ce projet est ambitieux mais aussi crucial pour l’Ile-de-France », rappelle Stéphane Troussel, le président du conseil départemental de Seine-Saint-Denis. Dans un communiqué de presse commun émis à la suite de l’allocution du Premier ministre, de nombreux élus de petite et grande couronne parlent eux de « conséquences douloureuses pour les Franciliens et pour la France ».

« Une vision parisiano-centrée »

Ce document, signé notamment par les présidents de Seine-et-Marne, des Yvelines, de l’Essonne, des Hauts-de-Seine, de Seine-Saint-Denis, du Val-de-Marne et du Val d’Oise, fait part de leur inquiétude et leur colère face à une décision qu’ils jugent « unilatérale ». N’hésitant pas à dénoncer un « scandale d’Etat du Grand Paris Express ». Ils regrettent que ce report ait été acté sans tenir compte de l’avis exprimé par les pouvoirs publics locaux et les habitants, et voient dans ce choix « une vision parisiano-centrée ».

Ils pointent aussi du doigt le « simulacre de concertation » – interdiction d’aborder la question du financement, documents non transmis, réunions décalées ou annulées, etc. – organisé en janvier dernier. Edouard Philippe avait alors souhaité que le gouvernement, les ingénieurs et les élus des territoires concernés se réunissent pour discuter, selon ses termes, de « l’ambition du projet, sa nécessité, mais aussi la réalité : difficultés technologiques et budgétaires, pour faire en sorte de trouver les bonnes solutions ». Une initiative prise après que la Cour des comptes ait tiré la sonnette d’alarme au sujet du « dérapage considérable du coût prévisionnel » du GPE. Passant de 25,5 milliards d’euros initialement prévus à 38,5 milliards d’euros.

Crédit : Florian David (Matignon).

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