time :  jeudi 15 novembre 2018. time : 17:55:46

Le Grand Paris Express, déjà en retard

Le dérapage des coûts pointé du doigt par la Cour des Comptes et un calendrier de réalisation trop optimiste mettent en péril la livraison du métro automatique Paris Express d’ici les Jeux Olympiques de 2024.  

Par Mathieu Perrichet

Cela ressemble à un camouflet. Le Grand Paris Express (4 lignes, 68 nouvelles gares) ne sera pas mis en service d’ici les Jeux Olympiques 2024, alors qu’il constituait l’un des piliers du dossier de la candidature française. Auditionné le 17 janvier dernier par la Commission des finances de l’Assemblée nationale, le premier président de la Cour des Comptes, Didier Migaud, a tiré la sonnette d’alarme, en dénonçant des dérives financières successives considérables imputables à la Société du Grand Paris (SGP). Le coût final du métro automatique a ainsi été réévalué à 38,5 milliards d’euros, alors que 22,6 milliards d’euros avaient été budgétés au lancement du projet en 2013.

Incidences financières

Par-delà les contraintes et les aléas techniques inhérents à un projet d’une telle ampleur, Didier Migaud a évoqué « la réduction des délais de construction du réseau, imposée par l’échéance des Jeux Olympiques de 2024, alors que le projet prévoyait initialement une mise en service échelonnée entre 2020 et 2030. Le réalisme de ce nouveau calendrier […] apparaît très discutable ». Il s’est également inquiété des risques d’incidents dans « des plannings de construction très serrés ». Selon la Cour des Comptes, le montant des frais pour la SGP, afin de financer ses investissements, atteindrait près de 134 milliards d’euros et l’échéance de remboursement complet de la dette serait reportée de 2059 à 2084. « Les perspectives de la SGP sont sombres, qu’il s’agisse des coûts, des délais de construction des lignes ou de l’amortissement de la dette », a résumé Didier Migaud.

Selon Mme Borne, « Le schéma d’ensemble n’est pas remis en cause »

De fait, tout en émettant « de sérieuses interrogations sur la capacité à respecter les échéances olympiques de 2024 », la Cour des Comptes recommande notamment à l’Etat de renforcer la gouvernance de la SGP et de réviser « le périmètre du projet et de son phasage, faute de quoi il serait contraint d’affecter à l’établissement de nouvelles contraintes ». La veille, la ministre des Transports, Elisabeth Borne, s’était voulu rassurante devant le Sénat : « Le schéma d’ensemble n’est pas remis en cause. Le gouvernement présentera dans les prochains jours le calendrier recalé sur des bases réalistes pour tenir les délais et éviter la dérive des coûts ». Dans un communiqué, la présidente de la région Ile-de-France, Valérie Pécresse, a rappelé « son attachement à la réalisation de l’intégralité des lignes du Grand Paris Express » et demandé à l’Etat « de proposer un plan de redressement rapide ». Des difficultés qui s’inscrivent dans un contexte déjà tendu, puisqu’est évoqué le report ou la remise en question de certains tronçons, tels que la ligne 18 dont le tracé ira de Versailles à Orly, via le Plateau de Saclay…

Crédit photo : SGP / Richez & Associés.

 

 

 

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